Au Conseil des États, la protection des marais prend l’eau
Avec sa décision sur l’extension du réseau électrique, le Conseil des États sacrifie sans raison la protection historique des marais suisses et de milieux naturels fortement menacés. Contraire à la Constitution, cette modification est également préjudiciable pour les forêts et les cours d’eau, et elle accorde une primauté démesurée à certains intérêts.
La modification de loi vise à accélérer l’extension et la transformation des réseaux électriques pour faciliter le développement des énergies renouvelables et sécuriser l’approvisionnement en électricité. L’Alliance-Environnement approuve ces objectifs sur le principe. Mais en s’attaquant en particulier à la protection des marais, le Conseil des États va beaucoup trop loin.
Les marais sont protégés par la Constitution
En acceptant l’initiative de Rothenturm lors d’une votation historique en 1987, le peuple suisse a décidé d’accorder une protection sans faille à ses marais très menacés. Et ceci pour une bonne raison: ces milieux naturels jouent un rôle capital pour la biodiversité, le stockage de l’eau et la lutte contre le changement climatique. Sans protection suffisante, ils s’assèchent et de nombreuses espèces menacées voient leur habitat disparaître. Les marais perdent la capacité de retenir l’eau et le carbone. Pire, ils peuvent même commencer à émettre du CO2. Les quelques marais qui subsistent en Suisse ne couvrent que 0,6% du territoire national et restent vulnérables au risque d’assèchement et aux apports de substances nutritives indésirables.
Faisant fi de la Constitution fédérale, le Conseil des États veut autoriser des travaux de remplacement et de rénovation de lignes électriques dans ces milieux naturels fragiles. La loi actuelle commande au contraire de réparer les atteintes, notamment en déplaçant les pylônes à l’extérieur des marais. Les modifications prévues portent également préjudice aux paysages marécageux au sens large. Ces assouplissements ne sont nullement nécessaires pour accélérer l’extension du réseau; 3% seulement des lignes aériennes traversent un paysage marécageux.
Un déséquilibre absurde
Le Conseil des États ne se contente pas d’affaiblir la protection de la nature dans les marais; d’autres secteurs sont touchés. Il autorise une réduction des distances à respecter pour les poteaux et les lignes électriques par rapport aux forêts et aux cours d’eau, tout en restreignant le droit de recours des associations pour certains projets hydrauliques. Le Conseil des États veut également que le développement du réseau électrique - jusqu’aux petites installations de moyenne tension - prime systématiquement les autres intérêts nationaux. Lors de la pesée des intérêts, les lignes desservant un petit quartier seraient alors jugées plus importantes que les paysages les plus précieux de Suisse comme le site de Jungfrau-Aletsch inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le déséquilibre en devient absurde. Or, c’est principalement l’extension des lignes à haute et très haute tension qu’il conviendrait d’accélérer. La proposition du conseiller fédéral Albert Rösti de n’accorder un intérêt prépondérant qu’à ces niveaux du réseau constitue un compromis envisageable. Le Conseil national doit poursuivre dans cette voie et impérativement corriger les dispositions qui affaiblissent inutilement la protection de la nature.
Informations complémentaires
Suivi de l'efficacité de la protection des biotopes en Suisse (WSL, en allemand)
Contacts:
- Pro Natura: Sarah Pearson Perret, directrice romande, sarah.pearsonperret@pronatura.ch, 079 688 72 24
- BirdLife Suisse: Sylvain Antoniazza, directeur romand, sylvain.antoniazza@birdlife.ch, 079 467 87 85
- WWF Suisse: Sophie Sandoz, chargée de communication, sophie.sandoz@wwf.ch, +41 21 966 73 71