Canicule 2026: pour une Suisse plus résistante
À fin septembre, la sécheresse n’est toujours pas terminée. Les animaux, les plantes et l’agriculture souffrent d’un cruel manque d’eau. Et le Parlement cherche désespérément des réponses à court terme pour pallier les conséquences de l’été caniculaire 2026. Pour le WWF, il est clair que la Suisse doit prendre des mesures prévoyantes afin que la nature soit mieux armée pour servir de bouclier de protection le plus efficace contre les effets des changements climatiques.
L’été caniculaire 2026 n’est pas une surprise. Cela fait des décennies que les scientifiques nous mettent en garde contre des événements météorologiques extrêmes de ce type. Pourtant, il aura fallu des semaines de chaleur et de sécheresse pour que l’on prenne compte de la signification concrète des changements climatiques. Plus des trois quarts de la population ont trouvé cet été pénible, près de 70% craignent une future pénurie d’eau potable et environ trois quarts estiment désormais qu’il est plus urgent d’agir en faveur de la protection du climat.
Comment a réagi le monde politique? Le Conseil fédéral revient sur des coupes budgétaires dans le domaine des forêts et alloue des aides supplémentaires à l’agriculture. Aujourd’hui, sous la Coupole fédérale, le Conseil national discute de la situation et des solutions possibles. Dans ce contexte, la tentation est grande de miser sur des mesures d’adaptation à court terme. Bien que celles-ci puissent être utiles au cas par cas, elles ne résolvent pas le problème qui, selon le WWF, doit être attaqué à la racine.
«La politique a raison de réagir. Mais si nous devons prendre de nouvelles mesures à très court terme après chaque été, nous traitons les symptômes et non les causes», note Jacques Tissot, responsable politique au WWF. «La Suisse doit passer de l’immobilisme à la prévoyance.» Elle doit se doter d’une politique axée sur le long terme, qui va au-delà du colmatage d’urgence et d’un seul cycle législatif.
Pour rendre la Suisse plus résistante face aux changements climatiques, quatre axes sont prioritaires:
1. Protéger la population et réduire les émissions
Il faut mettre des moyens à la disposition pour des mesures destinées à protéger la population. Cela implique justement d’investir davantage– et non moins – dans la réduction des gaz à effet de serre. Car chaque tonne de CO2 qui n'est pas émise pèse de tout son poids dans la balance. Nous ne pouvons pas nous adapter indéfiniment, d’où la nécessité de donner la priorité absolue à une protection du climat efficace, déployant rapidement ses effets. L’un des plus grands leviers en la matière est la place financière. Chaque année, 127 milliards de dollars sont investis depuis la Suisse dans des activités liées aux énergies fossiles. Pendant ce temps, la Confédération dépense environ 2,6 milliards de francs pour protéger le climat et la biodiversité dans notre pays.
2. Stocker l’eau dans les sols
La nature est notre meilleure alliée contre la sécheresse et la chaleur. Au lieu de laisser s’écouler l’eau le plus rapidement possible, comme elle l’a longtemps fait, elle devrait maintenant la retenir dans les sols. Ici, les mesures nécessaires sont par exemple la remise en eau des tourbières et des zones humides, la valorisation des plaines alluviales, la revitalisation des cours d’eau, l’assurance de débits suffisants, les paysages-éponges ou la formation d’humus. La nature est en effet le plus grand réservoir d’eau à notre disposition, et aussi le plus efficace.
3. Corriger les mauvaises décisions
Il est indispensable de corriger les mauvaises décisions les plus graves qui ont été prises dans le cadre du programme d’allègement budgétaire 2027. Le budget de SuisseEnergie doit être revu à la hausse de 20 millions, car ce programme réduit considérablement les coûts de transaction liés à la transition énergétique et constitue le cadre idéal pour fournir les informations et conseils nécessaires, notamment pour mieux adapter aux fortes chaleurs les hôpitaux, les écoles, les maisons de retraite, les établissements médico-sociaux, les bureaux et les immeubles d’habitation. En période d’augmentation des événements météorologiques extrêmes, il n'est pas judicieux de couper dans la protection de la nature, du climat et des cours d’eau.
4. Permettre à l’agriculture de s’adapter aux changements climatiques
Pour que l’agriculture puisse faire face aux changements climatiques, des objectifs climatiques contraignants sont nécessaires, tout comme une production adaptée au site, des sols fertiles, davantage de place pour la nature sur les surfaces agricoles et des incitations pour une consommation respectueuse du climat. La Politique Agricole à partir de 2030 pose les bases de l’agriculture de demain. Elle doit veiller à ce que les fonds publics soient investis de manière ciblée, dans des modes de production nécessitant moins d’eau, tout en permettant d’importer moins de fourrage et et moins d'intrants nuisibles à l'environnement. Car seule une nature saine permet de produire des denrées alimentaires qui le sont également.
Contact
Pierrette Rey, porte-parole, WWF Suisse, pierrette.rey@wwf.ch, 021 966 73 75.