La Confédération montre que les objectifs en matière de biodiversité ne sont pas atteignables avec les efforts actuels
En continuant comme jusqu’à présent, la Suisse ne pourra pas atteindre ses objectifs en matière de préservation de la biodiversité et de ses nombreux services rendus à la nature, à l’humain et à l’économie. C’est ce qu’affirme la Confédération elle-même dans son rapport à l’intention de la Convention sur la diversité biologique (CDB). Les organisations environnementales saluent l’analyse transparente de la Confédération, mais critiquent ses déclarations édulcorées sur les mesures prises, qui sont clairement insuffisantes.
Les États ont jusqu’à la fin du mois pour remettre leurs rapports sur l’état et la préservation de la biodiversité à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique (CDB). Quatrième des quelque 200 parties à la CDB, la Suisse a remis son rapport national dans les délais. Ce rapport constate que la biodiversité en Suisse est certes riche, mais qu’elle est soumise à une forte pression. Pour de nombreux milieux naturels, ni la quantité, ni l’état actuel, ni la connectivité ne sont suffisants pour garantir à long terme les fonctions et les services vitaux de la biodiversité. Il s’agit notamment de l’eau potable, des sols fertiles et de l'air pur, de la santé humaine et de l’adaptation au changement climatique.
La Suisse n’atteint pas ses propres objectifs
Les chiffres sont remarquables et surtout inquiétants: selon le rapport de la Confédération, 48% des 168 milieux naturels de Suisse sont menacés et 13% supplémentaires sont potentiellement menacés. Seuls 17% des biotopes d’importance nationale – marais, zones alluviales, prairies et pâturages secs et sites de reproduction de batraciens – sont protégés et entretenus conformément aux prescriptions légales. 60% des biotopes nécessitent des mesures de restauration. Or, selon le rapport officiel, celles-ci ne progressent que lentement. Les réserves forestières ne sont pas non plus correctement mises en œuvre. D’ici 2030, 10% de la superficie forestière devrait être classée en réserve. La Confédération et les cantons y travaillent depuis 2001. Mais selon le rapport, même cet objectif modeste ne sera pas atteint d’ici la fin de la décennie.
Dans l’ensemble, la Confédération montre que sur les dix objectifs de sa propre Stratégie Biodiversité Suisse, notre pays n’en a atteint qu’un seul (engagement international) et est en bonne voie pour un autre (monitoring). Malgré certaines évolutions positives, la Suisse ne se donne pas les moyens d’atteindre ses huit autres objectifs. Les organisations environnementales saluent le fait que la Confédération expose pour la première fois aussi clairement le mauvais état de la biodiversité en Suisse.
L’engagement insuffisant de la Confédération menace les services de la biodiversité
Les organisations environnementales critiquent toutefois les déclarations édulcorées de la Confédération concernant les huit autres objectifs. Ceux-ci ne peuvent être atteints avec les moyens actuellement mis en œuvre, qui sont largement insuffisants. Pour un grand nombre de mesures, la Confédération indique qu’elle y travaille «partiellement». En clair, cela signifie qu’elle n’a pas l’intention de modifier son engagement. Elle renvoie en outre à son plan d’action Biodiversité II 2025-2030. Or, celui-ci contient principalement des études et des rapports et ne devrait guère avoir d’effet sur la biodiversité d’ici 2030. Des mesures concrètes en faveur de la nature sont nécessaires. Le rapport indique également où se situe le principal problème: les finances. Le manque de financement est le principal obstacle à une protection efficace de la biodiversité. Ce que le rapport ne mentionne pas: avec le paquet d’allègement budgétaire, le Conseil fédéral propose même de réduire les fonds alloués à la biodiversité à partir de 2027.
Informations complémentaires:
CBD 7th National Report, Suisse: https://ort.cbd.int/national-reports/nr7/9926D748-4AD4-D813-B866-45C5A3CC8998
Plan d’action Biodiversité, phase II: https://www.newsd.admin.ch/newsd/message/attachments/90728.pdf
Contacts:
Pro Natura: Sarah Pearson-Perret, Directrice romande de Pro Natura, sarah.pearsonperret@pronatura.ch, tél. 079 678 72 24
BirdLife Suisse: Raffael Ayé, Directeur de BirdLife Suisse, raffael.aye@birdlife.ch, tél. 076 308 66 84
WWF Suisse: Pierrette Rey, porte-parole du WWF Suisse, pierrette.rey@wwf.ch, tél. 021 966 73 75