15 octobre 2026 — Communiqué de presse

La Suisse doit faire chez elle ce qu’elle demande des autres

17e Conférence des Parties (COP17) à la Convention sur la diversité biologique (CDB) du 18 au 30 octobre à Erevan

Communiqué de presse conjoint de BirdLife Suisse, Pro Natura et WWF Suisse

La Conférence des Parties sur la biodiversité s’ouvrira la semaine prochaine en Arménie pour évoquer les progrès accomplis dans la lutte mondiale contre l’extinction des espèces, et pour négocier les mesures et moyens nécessaires. La Suisse est concernée au premier plan. Alors qu’elle réclame davantage d’aires protégées dans les autres pays, quasiment aucune n’a été créée sur son propre territoire depuis 15 ans. Cela doit changer!

Ces deux prochaines semaines, la communauté internationale se réunira à Erevan dans le cadre de la COP17 sur la diversité biologique afin d’évaluer ce qu’il faut entreprendre pour enrayer la chute de la biodiversité mondiale d’ici 2030. Les discussions se cristalliseront sur un bilan de mi-parcours, le «Global Report», pour lequel les 196 États Parties ont dû établir leur rapport national au début de l’année. 129 d’entre eux, dont la Suisse, se sont exécutés dans les délais. Les organisations suisses de protection de l’environnement pointent les lacunes de ce rapport et réclament une mise en œuvre plus ambitieuse à l’échelle nationale. 

La trajectoire n’est pas la bonne

En Suisse, un tiers des espèces sont menacées. Elles seraient plus d’un million au niveau mondial. Le rapport Planète Vivante du WWF publié récemment constate une chute de 73% des populations d’animaux sauvages observées. L’interaction de toutes ces espèces garantit le bon fonctionnement des cycles indispensables à la vie, comme la production d’oxygène, la purification de l’eau et la fertilité des sols. Avant même l’ouverture de la Conférence d’Erevan, il est évident que nous devons en faire plus pour sauvegarder nos ressources naturelles. «La version de travail du Global Report montre qu’au niveau mondial, un seul des 23 objectifs est en bonne voie. C’est très inquiétant», commente Nathalie Rutz, coordinatrice de la coopération internationale chez Pro Natura.

La Suisse ne fait pas exception. Au contraire «sur les dix objectifs de la Stratégie Biodiversité nationale, nous n’en atteignons actuellement qu’un seul», critique Raffael Ayé, directeur de BirdLife Suisse. La Confédération affirme en avoir concrétisé un second, celui de l’engagement international. Au vu des coupes budgétaires dans les domaines concernés, il est permis d’en douter. Et le nouveau Plan d’action Biodiversité adopté fin 2024 par le Conseil fédéral s’avère très insuffisant pour remplir les objectifs nationaux: «la plupart des mesures contenues dans ce document sont des études et des projets pilotes sans impact sur le terrain», poursuit Raffael Ayé. Nathalie Rutz pointe un double discours: «alors que la délégation suisse en Arménie veut plaider pour davantage d’aires protégées et de moyens financiers, la Suisse n’en a créé quasiment aucune ces 15 dernières années. Elle réduit les fonds attribués à la protection de la nature et néglige d’appliquer les exigences légales en la matière. De nombreuses réserves naturelles en souffrent et de précieuses espèces disparaissent».

Pour des processus concrets et des engagements financiers

«Si nous voulons tenir un discours crédible, un changement de cap est impératif», déclare Nathalie Rutz. «La Conférence ne peut pas déboucher uniquement sur un appel mondial. Les processus qui concrétisent les mesures nécessaires à la protection de la biodiversité doivent être définis. Et la Suisse doit rattraper son retard». Les questions financières figureront en bonne place à l’ordre du jour. Les pays industrialisés qui sont censés fournir 30 milliards de dollars par année n’en ont jusqu’ici versé que 10. La baisse de la contribution suisse au Fonds pour l’environnement est d’autant plus alarmante: le crédit-cadre alloué par le Conseil fédéral ne se monte plus qu’à 176 millions, soit 21,5 millions de moins que pour la période 2023-2026. Comme l’explique Raffael Ayé, «le Fonds pour l’environnement finance des mesures dans les domaines du climat, de la biodiversité, de l’eau et de la lutte contre la pollution dans les pays en développement. Il est urgent que la Suisse assume mieux ses responsabilités en la matière. Par son implication dans l’économie mondiale et sa forte empreinte écologique, notre pays joue un rôle déterminant dans cette crise».

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