Le Conseil fédéral protège les pesticides au détriment de l’eau
Bien qu’une seule goutte suffise à empoisonner tout un ruisseau, la Suisse ne veut toujours pas fixer des valeurs limites pour les pesticides extrêmement toxiques comme la deltaméthrine.
- Alors que les milieux scientifiques et juridiques demandent de fixer des valeurs limites écotoxicologiques claires, le Conseil fédéral refuse de les introduire pour les pesticides hautement toxiques.
- Une large alliance d’associations actives dans les domaines de l’environnement, de l’eau potable, de la protection des consommatrices et consommateurs et de la santé demande maintenant au Conseil fédéral et au Parlement d’agir: nos cours d’eau doivent rester propres et notre eau potable!
C’est aujourd’hui que s’achève la consultation sur la révision de l’ordonnance sur la protection des eaux (OEaux), une étape décisive pour la qualité de l’eau potable en Suisse. En effet, les pesticides et autres substances chimiques menacent notre eau potable et nuisent aux organismes aquatiques. La révision a pour but de mieux protéger les cours d’eau face à ces produits toxiques. Elle comprend une mise à jour de l’annexe 2 dans laquelle sont définies les valeurs limites pour différentes substances (notamment les pesticides).
Le Conseil fédéral enfreint la loi sur la protection des eaux
Malgré le grave danger qui pèse sur les organismes aquatiques, le Conseil fédéral refuse d’introduire une valeur limite pourtant recommandée par les milieux scientifiques pour trois de ces substances: la deltaméthrine, le foramsulfuron et la lambda-cyhalothrine. Il se rallie aux arguments du secteur agricole et bafoue la protection des eaux, alors qu’elle est inscrite dans la Constitution et dans des lois légitimées démocratiquement.
En refusant de définir ces valeurs limites, le Conseil fédéral enfreint la loi sur la protection des eaux. C’est ce qu’a clairement indiqué l’Office fédéral de la justice (OFJ) dans sa prise de position: renoncer à modifier la loi pour des raisons relevant de la politique agricole est contraire au droit. Selon l’OFJ, le seul point décisif est la dangerosité de la substance concernée pour la fixation des valeurs limites, selon l’office.
Ce dernier estime en outre qu’il est particulièrement problématique de renoncer à une valeur limite dans le cas de la deltaméthrine, une neurotoxine hautement toxique, utilisée entre autres dans la culture du colza. En janvier dernier, on a appris que des valeurs dépassant 4200 fois la limite recommandée avaient été mesurées dans la rivière Wyna, près de Lucerne. Malheureusement, de nombreuses personnes ignorent encore à quel point les concentrations nécessaires pour qu’un produit tel que la deltaméthrine soit efficace sont faibles: dans le cas de cet insecticide, une seule goutte suffit à empoisonner tout un ruisseau (voir le graphique ci-dessous).
La société civile doit envoyer un signal fort
Il n’est pas correct de détourner les yeux et déclarer en substance que «s’il n’y a pas de valeurs limite, c’est qu’il n’y a pas de problème», comme le fait le Conseil fédéral. Réduire la fréquence des contrôles, prolonger l’intervalle entre les prélèvements d’échantillons ou se contenter d’effectuer les mesures dans les grands cours d’eau seulement, comme le demandent certaines interventions parlementaires, est une erreur.
En effet, ce n’est que lorsqu’on connaît le problème que l’on peut prendre des mesures efficaces. Détourner les yeux n’a jamais permis de trouver une solution.
Malheureusement, le Conseil fédéral et le Parlement s'efforcent actuellement d'affaiblir la protection des eaux. Raison pour laquelle une large alliance d’organisations de la société civile lance un appel en faveur d’une eau potable saine. La population suisse peut désormais adresser un signal clair au Conseil fédéral et au Parlement: notre eau potable doit rester consommable. Plus de 24 000 personnes ont déjà signé l’appel.
Informations supplémentaires:
Fiches d’information, en allemand, sur les trois substances deltaméthrine, foramsulfuron et lambda-cyhalothrine
Appel «De l’eau potable pour une Suisse en bonne santé»
Contacts:
Pro Natura: Leo Richard, responsable de l’information, 079 378 37 11, leo.richard@pronatura.ch
WWF Suisse: Pierrette Rey, porte-parole, 021 966 73 75, pierrette.rey@wwf.ch