Tirer les loups à partir d’un certain seuil est contre-productif
Le Conseil national a approuvé aujourd’hui une énième motion sur le loup. Depuis le retour naturel de cet animal en Suisse, le Parlement a dû traiter plus de 220 interventions sur le sujet. Leur fréquence et leur radicalité ne cessent d’augmenter. Sur le terrain, les dommages sur les troupeaux sont en recul grâce aux mesures de protection. C’est le soutien à ce travail de l’économie alpestre qui devrait être au centre des efforts.
La motion 25.4464 «Introduction d’une base légale réglant le tir des loups dès que leur nombre dépasse un certain seuil» veut autoriser le tir de loups dès que leur population atteint un nombre prédéfini, sans lien avec des conflits imminents ou avérés. Cette approche arbitraire basée sur des données de populations fixées artificiellement serait contre-productive. Les tirs au sein de meutes discrètes peuvent en effet les faire éclater et entraîner par la suite davantage de problèmes avec le bétail au lieu de les réduire. Il ne serait plus possible de procéder à une régulation ciblée des meutes dans les zones de conflit tout en épargnant les loups qui restent loin des activités humaines.
La population de loups peut d’ores et déjà être régulée de manière proactive selon la loi sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (LChP), révisée en 2022. Une centaine de loups sont ainsi abattus chaque année. La Confédération a en outre récemment augmenté les moyens alloués à la protection des troupeaux. Elle a pu annoncer en mai le ralentissement de la croissance de la population de loups, tout en soulignant que la protection des troupeaux demeurait un pilier central de la gestion de ce prédateur.
Les dommages sur le bétail sont en baisse depuis des années
En 2026, le nombre d’attaques sur les troupeaux a diminué pour la quatrième année consécutive. Cette tendance s’est encore renforcée. Ainsi, le canton des Grisons n’a enregistré que 30 attaques jusqu’à fin juillet, contre plus de 60 à la même période l’an dernier. Cette évolution montre que la coexistence avec le loup est en bonne voie. Une révision de la loi, comme le demande la motion, n’est donc pas nécessaire à ce stade.
A l’inverse, ces motions à répétition sèment la confusion parmi les exploitants d’alpages et les gardes-chasse. De plus, elles parasitent l’application de la loi par les cantons. Tout ajustement de la coexistence actuelle entre l’économie alpestre et les loups devrait reposer sur une analyse rigoureuse de la portée des réglementations existantes. Le Parlement a commandé cette analyse l’année dernière par le biais du postulat 25.3027. Les résultats seront disponibles en 2027. Pourtant, sans attendre, une majorité du Parlement veut déjà lancer, à titre préventif, une nouvelle révision de la loi. Pro Natura, BirdLife Suisse, le Groupe Loup Suisse et le WWF Suisse jugent cette démarche incompréhensible.
Contacts:
Pro Natura: Leo Richard, porte-parole, tél. 079 378 37 11, leo.richard@pronatura.ch
Groupe Loup Suisse: Isabelle Germanier, tél. 079 652 28 49, romandie@gruppe-wolf.ch
WWF Suisse: Pierrette Rey, porte-parole, tél. 021 966 73 75, pierrette.rey@wwf.ch