Finance durable: la Suisse est-elle à la traîne?
La place financière suisse n’est pas à la hauteur de son ambition d'être une référence mondiale dans le domaine de la finance durable. Ce constat ressort d’une comparaison internationale du cadre réglementaire de la finance durable effectuée par Deloitte Suisse sur mandat du WWF Suisse. Dans tous les domaines analysés (surveillance des banques et des assurances, activités sur le marché des capitaux), la Suisse se situe en dessous de la moyenne des places financières comparables.
Sur la base de plus de 70 indicateurs, le rapport analyse la qualité de l’intégration des aspects liés au climat et à la nature dans la régulation et la surveillance des marchés financiers. Alors que la Suisse satisfait en partie à des exigences fondamentales comme l’obligation de transparence et de publication, elle peine à combler certaines lacunes. Les mesures mises en œuvre à ce jour restent par ailleurs fragmentées, incomplètes et ne s’inscrivent pas dans une stratégie claire. Le rapport établi sur la base de la dernière étude SUSREG montre, à l’aide d'exemples concrets, où se situent les lacunes actuelles dans la régulation du marché financier suisse et comment elles pourraient être comblées.
Co-auteur du rapport, Stephan Kellenberger du WWF Suisse explique:
«Le rapport montre bien que l’objectif du Conseil fédéral de faire de la place financière suisse un pôle international de premier plan en matière de services financiers durables ne correspond pas à la réalité. La Suisse aurait tout intérêt à développer une stratégie à long terme cohérente pour rendre sa place financière apte à affronter l'avenir et la concurrence internationale.»
D'autres centres financiers font bien mieux
En comparaison internationale, des pays comme l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Chine et Singapour adoptent des approches réglementaires nettement plus ambitieuses et cohérentes. Ils ont développé des règlements spécifiques pour réduire systématiquement les risques climatiques et naturels et pour orienter davantage les flux financiers vers des activités durables. Ces pays pourraient ainsi devenir les centres financiers du futur, tandis que la Suisse perd du terrain.
Contrairement à la concurrence internationale, la Suisse continue en effet de miser fortement sur l’autorégulation basée sur des principes. Le rapport souligne que cette approche est risquée: de faibles ambitions, l'absence de force exécutoire et une mise en œuvre inégale peuvent affaiblir la crédibilité de la place financière et diminuer son attractivité pour les capitaux en provenance du monde entier.
Contact:
Pierrette Rey, porte-parole du WWF Suisse, pierrette.rey@wwf.ch , 021 966 73 75.