Le bout du tunnel? Le Conseil national enterre provisoirement les fantasmes nucléaires
Le Conseil national a rejeté aujourd’hui le contre-projet indirect à l’initiative sur l’énergie nucléaire. Une décision importante, bien que tardive. Si le Conseil des États veut éviter un référendum, il doit se rallier à cette décision et exiger lui aussi la clarification, en particulier, des nombreuses questions en suspens concernant les coûts et les assurances.
«En plus de tous les risques qu’elles impliquent, les nouvelles centrales nucléaires ne sont pas viables sur le plan économique. Depuis 30 ans, cette technologie perd des parts de marché à l’échelle internationale, le signal est parfaitement clair. Nous ne pouvons pas nous permettre ce coûteux retour en arrière en matière de politique énergétique.»
Patrick Hofstetter, expert en climat et en énergie au WWF Suisse
Les fantasmes nucléaires ne résolvent aucun problème
Même si l’on faisait abstraction de tous les problèmes liés à l’énergie nucléaire, une nouvelle centrale nucléaire ne résoudrait pas le défi de l’approvisionnement énergétique en hiver. Il faudrait au moins 20 ans avant que de nouveaux réacteurs soient raccordés au réseau. La contribution à la sécurité de l’approvisionnement à moyen terme ou à la réalisation des objectifs climatiques est donc inexistante. Les discussions sur la soi-disant «ouverture technologique» sont des fantasmes déconnectés de la réalité et sans utilité pratique. Les nouvelles centrales nucléaires créent pour la Suisse des décennies de dépendance, car l’uranium nécessaire à leur fonctionnement doit être importé de l’étranger.
Un frein doré
Les nouvelles centrales nucléaires comptent parmi les formes de production d’électricité les plus coûteuses. Qui plus est, les coûts de construction dépassent régulièrement les prévisions, et les projets prennent des années, voire des décennies de retard. Cela met en péril les objectifs climatiques de la Suisse et prolonge notre dépendance aux énergies fossiles.
Pour supporter les coûts de construction d’environ 20 milliards de francs par réacteur, des subventions publiques massives sont nécessaires. Il suffit de se tourner vers l’étranger pour en mesurer l’ampleur: la construction du réacteur de Flamanville 3 devait coûter 3,3 milliards d’euros, mais le coût total est aujourd’hui estimé à 23,7 milliards d’euros.
Les subventions ne peuvent être versées qu’une seule fois. Toute subvention accordée à de nouvelles centrales nucléaires détournerait des ressources destinées aux énergies renouvelables – tout en augmentant inutilement les prix de l’électricité pendant des décennies. Dans ces conditions, l’abandon du pétrole et du gaz coûtera davantage et sera plus long à se réaliser.
Des risques inchangés
Tous les problèmes majeurs liés à l’énergie nucléaire restent sans solution: l’extraction de l’uranium entraîne de graves problèmes environnementaux et sanitaires. Le risque d’accidents graves persiste. L’histoire montre à quel point les conséquences peuvent être catastrophiques pour l’homme et la nature. Le problème de la gestion des déchets n’est pas non plus résolu: aucun pays au monde ne dispose d’un site de stockage définitif opérationnel garantissant une sécurité sur des centaines de milliers d’années. La responsabilité à long terme est ainsi reportée sur les générations futures.
L’avenir énergétique est renouvelable
Un système électrique durable repose sur l’efficacité, la flexibilité et la production décentralisée. Les centrales nucléaires sont tout le contraire: gigantesques et rigides, elles sont peu compatibles avec l’énergie solaire et éolienne.
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Sebastian Obrist, Mediensprecher, sebastian.obrist@wwf.ch, 077 417 68 19