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Morteratschgletscher mit Gletschertor
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14 juillet 2020

Nos glaciers disparaissent

Des chercheurs ont analysé pour la première fois la fonte des glaciers dans l’ensemble de l’espace alpin. Le résultat fait froid dans le dos. Depuis le tournant du siècle, leur volume a en effet diminué de 17%. Les glaciers suisses fondent particulièrement vite. Une fois de plus, il apparaît clairement que nous ne devons pas perdre de temps dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Les glaciers suisses de l’espace alpin ont perdu un sixième de leur volume total en quatorze ans. Des chercheurs de l’Université d’Erlangen-Nuremberg dressent ce constat dramatique dans le numéro de juin 2020 de la revue spécialisée «Nature Communications». C’est la première fois qu’une équipe de scientifiques a pu analyser tout l’espace alpin, et pas seulement certains glaciers ou régions. Pour leur étude, ils se sont servis des données des satellites radars pour élaborer des modèles en trois dimensions de la surface de la terre. Des photos satellites leur ont permis de mesurer la surface et la hauteur des glaciers et de considérer leurs volumes respectifs comme un tout.

Dans l’ensemble, les glaciers des Alpes ont perdu 22 kilomètres cubes de glace entre 2000 et 2014. Cette quantité correspond à une couche de glace de plus d’un mètre et demi sur toute la surface de la Suisse. Mais les auteurs de l’étude constatent également des disparités régionales dans la fonte des glaciers. En Suisse, la situation est particulièrement alarmante, puisque c’est là que les chercheurs ont enregistré la perte de glace la plus importante. Si les changements climatiques continuent de progresser à la vitesse actuelle, il ne restera plus que d’infimes reliques des glaciers helvétiques d’ici un siècle, estiment les scientifiques. Le guide de montagne Walter Josi et le glaciologue Daniel Farinotti nous ont expliqué, au cours d’une randonnée en altitude, ce que signifiaient la fonte des glaciers pour notre pays.

Depuis le glacier de l’Hohlaub

Le guide de montagne Walter Josi et le glaciologue Daniel Farinotti évoquent la beauté des glaciers et les conséquences de leur fonte depuis le glacier de l’Hohlaub

Chacun sa propre piscine emplie d’eau de fonte

En une quarantaine d'années, les glaciers de Suisse ont diminué d’un tiers.

 

 

Les statistiques le confirment: rien que l’an dernier, les glaciers de Suisse ont perdu 1500 millions de m3 de glace. Avec 2003 et 2011, 2017 est ainsi l’année qui a enregistré le plus important recul depuis le début des mesures, il y a un siècle. Si l’eau de fonte de 2017 était répartie entre tous les ménages du pays, chacun d’entre eux pourrait s’en servir pour remplir une piscine de 25 mètres. Depuis le début des années 1970 et jusqu’en 2003, la surface des glaciers a déjà diminué d’un tiers. Le record négatif est détenu par le glacier du Morteratsch: sa langue a perdu 76 mètres durant le seul été 2003.

Le recul des glaciers est bien visible lorsque l’on se rend dans des cabanes d’altitude. L’exemple le plus célèbre est celui de la cabane Konkordia, construite en son temps 50 mètres au-dessus du glacier. Désormais, un escalier de 150 mètres permet de la rejoindre. Il a encore été prolongé l’an dernier. Le parcours pour parvenir à la cabane du Mont Rose s’est aussi compliqué. Walter Josi: «A l’époque, il s’agissait presque d’une randonnée tranquille. Désormais, il faut crapahuter sur les blocs de rochers. Le nombre de nuitées a diminué de plus de moitié.»

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Morteratschgletscher mit Hinweistafel Gletscherschmelze
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Morteratschgletscher mit Steinfeld im Vordergrund

Le glacier de Morteratsch rétrécit toujours plus et sa langue de pierre s’allonge d’autant. En 110 ans, de 1900 à 2010, il a reculé de plus de deux kilomètres.

Variations de température

«J’ai vu des paysages de glace se transformer en déserts de cailloux en quelques années.»

Il y a 20 000 ans, la Suisse était presque entièrement recouverte de glace, et la température globale moyenne était de 5 degrés inférieure à celle que nous connaissons. Les glaciers alpins avaient même repris leur progression il y a 40 ans. Walter Josi se souvient: «Au début des années 1970, il fallait payer une entrée pour accéder directement à la partie supérieure du glacier de Grindelwald. Puis, le glacier a poussé la construction et c’est devenu gratuit.» La moraine de certains glaciers témoigne de cette brève période plus froide.

Lors de périodes plus chaudes, les glaciers ont cependant été bien moins volumineux qu’aujourd’hui. Daniel Farinotti: «L’an dernier, le glacier de Findelen (VS) a rendu un tronc d’arbre. On peut en déduire jusqu’où la forêt montait lors des périodes plus tempérées.» Par ailleurs, d’innombrables légendes alpines évoquent la progression et la fonte des glaciers.

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Alphubel mit Feegletscher im Wallis

«En compagnie d’un glacier, on a tôt fait de se sentir insignifiant.» Mark Twain, écrivain. (l’Alphubel avec le Feegletscher, Valais)

L’apparence des Alpes en mutation

En Suisse, la fonte des glaciers est le signe le plus visible des changements climatiques. Leur disparition ne fait pas seulement mal au cœur et aux yeux. Elle anéantit également le mythe du visage immuable des Alpes, qui ne sera plus jamais le même. En outre, elle s’accompagne de réels défis. Selon Daniel Farinotti, ceux-ci concernent avant tout trois secteurs: le tourisme, les risques naturels et l’exploitation hydraulique, en particulier pour la production d’électricité et l’agriculture.

«Les professionnels du tourisme doivent adapter leur infrastructure quand la glace s’en va.» Sur le Jungfraujoch, il a ainsi fallu creuser une nouvelle galerie pour permettre aux visiteurs d’accéder à la glace. Au-dessus d’Andermatt, certaines parties du glacier de Gurschen sont recouvertes en été pour préserver la liaison entre la station supérieure de la télécabine et la piste de ski, ceci depuis plusieurs années déjà. Selon Daniel Farinotti: «De telles mesures sont très efficaces au niveau local, mais ne permettent pas de sauver un glacier.»

Avec les changements climatiques, la force hydraulique et l’agriculture disposent dans un premier temps de plus d’eau, puisque la glace fond. Par la suite, elle sera moins abondante et moins bien répartie: l’absence des glaciers se fera surtout cruellement sentir durant les mois secs. D’après une étude de l’EPF, ce tournant a déjà eu lieu et le débit maximum de l’eau appartient au passé. Le Valais devrait être le premier à en ressentir les conséquences, sa vallée principale étant pauvre en précipitations et la part de l’eau de fonte dans le Rhône particulièrement élevée (15%).

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Gornergletscher mit Wanderer
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Wanderer auf dem Gornergletscher mit Tarpulin Tüchern gegen Gletscherschmelze

Le glacier du Gorner – qui fait partie du deuxième plus grand système glaciaire de Suisse – fond également. Il est en partie recouvert de toiles pour tenter de ralentir sa fonte.

88 ouvriers tués en 30 secondes

Au pied des glaciers du Hohlaub et de l’Allalin, la sécheresse semble un concept bien lointain. D’imposantes tours de glace brillent d’une lueur turquoise, et le lac du barrage de Mattmark s’étend au fond de la vallée. Le glacier s’est souvent effondré à cet endroit. En 1965, alors que le barrage était en construction, l’un de ces éboulements fut fatal. «Les baraques hébergeant les ouvriers se trouvaient directement sous le point de rupture du glacier. Il paraît inimaginable que personne n’a été conscient du danger», explique Walter Josi. Deux millions de m3 de glace ont déboulé dans la vallée. En 30 secondes, 88 ouvriers ont perdu la vie. Les responsables furent innocentés par la suite. En l’an 2000, un million de m3 de glace s’est à nouveau détaché du glacier de l’Allalin, mais la situation était surveillée et aucune victime n’a été déplorée.

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Räumungsarbeiten nach Gletscherabbruch-Unglück beim Mattmark Stausee

Travaux après l’éboulement du glacier près du chantier du barrage de Mattmark en Valais (1965)

La fonte des glaciers accroît le risque de dangers naturels

«Les glaciers sont en mesure de stabiliser un terrain. Lorsqu’ils fondent, cet effet peut disparaître.»

Quand un glacier se retire, il arrive que des lacs se forment derrière les barres de glace morte. Si ces barrages lâchent, l’eau et les rochers se déversent brusquement dans la vallée. Une galerie d’évacuation a été creusée dans la partie inférieure du glacier de Grindelwald pour permettre un écoulement contrôlé, des travaux qui ont coûté 15 millions de francs. Le glacier faisait aussi partie de la chaîne d’éléments ayant entraîné l’éboulement de Bondo, l’an dernier.

L’histoire de la Terre alterne périodes de froid et de chaleur. Toutefois, jamais ces variations ne se sont succédé aussi rapidement qu’aujourd’hui. Et leur cause est inédite: «La concentration de CO2 dans l’atmosphère, qui augmente à une vitesse folle, bouleverse les cycles naturels», affirme Daniel Farinotti. En d’autres termes: le charbon, l’essence, le kérosène, le gaz naturel et le mazout font fondre les glaciers.

Il est urgent de protéger le climat

«La hausse du niveau des mers et des océans, les ouragans et les autres conséquences des changements climatiques provoquent d’importants dégâts et souffrances. En comparaison, la fonte de nos glaciers est un détail.»

Réunies à Paris, toutes les nations de la terre ont promis de combattre efficacement le réchauffement climatique. Il en va de notre survie, comme de celle de nombreuses espèces animales. Toutefois, la mise en œuvre de cette promesse tarde, en Suisse aussi: notre pays doit au moins diviser par deux ses émissions de CO2 d’ici 2030 et s’affranchir entièrement des énergies fossiles d’ici 20 ans.

C’est pourquoi il est particulièrement important que le monde politique prenne rapidement des mesures sérieuses. La révision de la loi sur le CO2 est un pas important en direction d’un avenir respectueux du climat.  L’objectif de réduction des émissions permet en effet à la Suisse de s’approcher des objectifs résultant de l’Accord de Paris. Il crée en outre le cadre nécessaire pour que des mesures de protection du climat nettement plus efficaces soient prises après 2020. Si le réchauffement se poursuit au rythme actuel, la Suisse risque de voir fondre tous ses glaciers, ou presque, d’ici la fin du siècle. Nous sommes à la croisée des chemins: allons-nous prendre les devants et nous propulser dans un avenir sans mazout ni gaz naturel? Ou allons-nous rester bloqués à l’ère fossile et laisser à nos enfants des déserts de pierre à la place des glaciers dans les Alpes?

Glacier de l’Hohlaub, Vallée de Saas, Alpes valaisannes

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Gornergletscher mit Wanderer

#KEEPITCOOL

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Panda perché sur un arbre

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Mention légale: cette page a été actualisée le 14 juillet 2020, afin de prendre en compte les résultats de l’étude des chercheurs d’Erlangen-Nuremberg.

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